La rentrée scolaire suédoise a réservé une surprise de taille aux jeunes élèves. En effet, en franchissant les portes de leurs établissements, ils ont constaté la disparition des tablettes numériques. À la place, les traditionnels manuels scolaires en version papier avaient fait leur retour.
Par conséquent, cette transformation traduit un bouleversement significatif dans l’orientation pédagogique du pays scandinave.
Une décennie de numérisation intensive
Durant les dix dernières années, les dispositifs numériques ont progressivement colonisé l’ensemble des salles de classe suédoises. De plus, les élèves bénéficiaient de ces outils pour accomplir leurs exercices. Ils les utilisaient également pour assister aux enseignements et effectuer leurs recherches documentaires. Enfin, ces tablettes servaient même à réaliser les contrôles de connaissances.
Cette situation a donc conduit à une modification profonde des apprentissages fondamentaux. Selon nos confrères de Ouest France, la plupart des écoliers ne débutaient l’apprentissage de l’écriture manuscrite qu’en deuxième année. Cela correspond à l’équivalent du CE1 dans le système français.
Les inquiétudes grandissantes sur les capacités de lecture
Au départ, cette approche était considérée comme une démarche innovante et stimulante. Cependant, elle soulève désormais de sérieuses questions. En effet, en mai dernier, Lotta Edholm, ministre de l’Éducation nationale, a publiquement alerté dans le quotidien Dagens Nyheter. Elle a notamment évoqué une véritable « crise de la lecture » affectant le système éducatif suédois.
Par ailleurs, ces inquiétudes ont trouvé une confirmation tangible dans les résultats du classement international Pirls. Cette étude a mis en évidence une progression préoccupante du pourcentage d’élèves de dix ans confrontés à des difficultés significatives en lecture. En effet, on observe une augmentation de 12% à 19% en seulement cinq années.
Des facteurs multiples à considérer
Néanmoins, on ne peut attribuer ces statistiques exclusivement à l’omniprésence des supports numériques. En réalité, plusieurs éléments contextuels doivent être pris en considération.
D’une part, la pandémie mondiale a profondément bouleversé le parcours éducatif des élèves durant cette période. Elle les a exposés à des obstacles d’apprentissage inédits. D’autre part, depuis 2015, la crise migratoire a entraîné des changements importants. En effet, un nombre substantiel d’élèves possédant une connaissance limitée du suédois ont rejoint les établissements scolaires.
Le retour assumé aux méthodes traditionnelles
Face à cette situation, la ministre de l’Éducation estime qu’une réorientation s’impose désormais. Elle privilégie des approches pédagogiques plus conventionnelles.
D’ailleurs, dans un entretien accordé au journal Expressen, elle défend vigoureusement l’utilisation des manuels scolaires papier. Elle souligne notamment leurs « bénéfices qu’aucune tablette ne pourra jamais reproduire ». De surcroît, elle déplore l’absence de « réflexion critique » au sein de la communauté éducative. Celle-ci a longtemps considéré « la transformation numérique comme intrinsèquement positive ».
Un investissement financier conséquent
En outre, cette transformation implique des répercussions budgétaires importantes pour les finances publiques suédoises.
Tout d’abord, l’acquisition de l’ensemble des ouvrages nécessaires a contraint le gouvernement de centre-droit à mobiliser une enveloppe considérable. Il a débloqué 58 millions d’euros afin d’équiper chaque élève avec des manuels pour toutes les disciplines. Ensuite, cette dépense substantielle sera complétée par des allocations budgétaires additionnelles. Ainsi, 44 millions d’euros supplémentaires seront répartis sur les exercices 2024 et 2025.
Les enjeux d’un choix pédagogique majeur
Globalement, cette décision suédoise interroge sur l’équilibre optimal entre outils numériques et supports traditionnels. Alors que de nombreux pays continuent d’investir massivement dans la numérisation, la Suède fait figure de précurseur. En effet, elle inverse cette tendance.
D’un côté, les autorités éducatives suédoises parient sur les vertus de l’écrit manuscrit. De l’autre, elles misent également sur la lecture sur support papier pour renforcer les compétences fondamentales. Cette orientation s’appuie notamment sur diverses recherches neuroscientifiques. Celles-ci suggèrent que l’écriture manuelle favorise la mémorisation et la compréhension approfondie.
Finalement, l’évolution des résultats scolaires dans les années à venir permettra d’évaluer la pertinence de ce retour aux sources. De même, d’autres nations observent attentivement cette expérience suédoise. Elle pourrait potentiellement influencer leurs propres politiques éducatives concernant l’intégration du numérique dans les salles de classe.







